Les voies discordantes de « Libération »

À Rennes, le Forum Libé donne de la voix tandis que LibéRennes sera bientôt contraint de la boucler. La direction du journal Libération a en effet décidé de fermer le 30 avril ce site d’information locale et régionale, ainsi que ceux d’Orléans, Lille et Strasbourg.

La page d’acceuil actuelle de Libérennes, avec l’annonce de la suspension… et du Forum Libé de Rennes

La page d’accueil de Libérennes, avec l’annonce de sa suspension… et celle du Forum de Rennes

Y a-t-il des émules de l’entarteur Noël « Gloup Gloup Gloup » Godin parmi les lecteurs de LibéRennes ou des autres sites Libévilles supprimés par la direction de Libération ? Si c’est le cas, le visage poupon du nouveau directeur Nicolas Demorand encourt l’attentat pâtissier durant cette nouvelle édition du Forum Libé, qui se tient à Rennes jusqu’au samedi 16 avril. Il se pourrait aussi que, lors des débats, des spectateurs-auditeurs manifestent leur désapprobation quant à ces suppressions. « C’est un endroit intéressant pour agiter le cocotier », confie l’un des initiateurs de la pétition de soutien à LibéRennes.

Il faut dire que le thème choisi cette année (« Respect, un nouveau contrat social ») est pour le moins ironique quand on sait avec quel irrespect ont été considérés les correspondants locaux de Libération chargés d’animer les sites Libévilles mis à l’index. Les éditions de Marseille, Toulouse et Lyon, rédigées par des correspondants permanents en CDI, restent maintenues.

Circulez, y’a rien à voir

La décision a été prise lors de la vacance directoriale entre le départ de Laurent Joffrin et l’arrivée de Nicolas Demorand. Depuis, une délégation d’élus du personnel et de représentants de l’intersyndicale CGT-SNJ-SUD a présenté une pétition signée par 142 des 200 salariés du journal. Celle ouverte en ligne par les lecteurs d’Orléans a recueilli plus de 1 000 signatures. Quatre Orléanais ont même fait irruption vendredi 8 avril dans le bureau de Nicolas Demorand à Paris (lire leur impayable reportage].

Mais pour l’instant « circulez, y’a rien à voir », comme l’explique Pierre-Henri Allain de LibéRennes. « Ils ne bougent pas d’un iota, ils ne veulent rien savoir ! Ils nous virent sous prétexte qu’on ne leur rapporte rien. Ils ne raisonnent qu’en termes de rentabilité. » Libération perdrait de l’argent avec ces sites car ils ne génèrent pas assez de recettes publicitaires. Comme si un journaliste devait être rémunéré en fonction de ce critère… D’autant que l’investissement n’est pas insurmontable au regard du salaire mensuel de ces correspondants : 1 200 euros net !

Grand n’importe quoi

Libération n’est pas à une contradiction près. Les gestionnaires viennent d’annoncer une recapitalisation à hauteur de 6 millions d’euros pour fin avril. De l’argent frais pour « recruter au moins une dizaine de personnes pour le Web et le papier », mais pas pour les Libévilles (lire l’article de Challenges). Le journal organise des forums en région pour enrichir le débat démocratique et faire connaître « sa marque », mais il réduit le pluralisme de la presse pourtant revendiqué en enterrant des éditions régionales susceptibles de toucher un lectorat plus vaste. « C’est du grand n’importe quoi », résume Pierre-Henri Allain.

Depuis plus de vingt ans qu’il travaille pour Libération, sa relation avec le journal a connu de multiples « péripéties ». Il a travaillé un temps à Paris, puis il fut question « d’un revenu fixe » à Rennes, avant finalement d’être institué correspondant pigiste. Une irrégularité et une précarité vers laquelle il retournera après la mort de LibéRennes, accentuées par le fait que ce travail très prenant pendant trois ans l’avait obligé à réduire ses collaborations extérieures (avec l’agence Reuters notamment). « Je vais devoir réactiver des pistes. »

Peu de chance de le croiser ce week-end du côté du TNB où se tient le Forum Libé. En 2009, il avait modéré des débats ; l’an passé il encadrait une équipe d’étudiants journalistes de l’IEP de Rennes. Cette année, l’équipe du Forum ne l’a pas appelé. « C’eut été la moindre des corrections. C’est du mépris total ! » L’amertume est grande. À part François Le Pillouër, le directeur du TNB, qui a manifesté son soutien dans un courrier « sympa », personne ne s’est exprimé du côté de la collectivité Rennes Métropole (et de son président Daniel Delaveau, également maire de Rennes), qui finance pourtant le Forum à hauteur de 200 000 euros (+ 100 000 euros pour la Région Bretagne). Quant à Ouest-France, incontournable quotidien local et partenaire de l’événement « c’est silence radio total ! »

Forum Libé, du 14 au 16 avril 2011 à Rennes (Triangle le 14, TNB les 15 et 16). Site internet : www.forumlibe2011.rennes.fr
Société des lecteurs de Libération, site internet : www.libe-lecteurs.fr
Éric Prévert

3 commentaires

  • 16 avril 2011 | Lien permanent |

    Bonjour,
    Je prends connaissance à l'instant de votre billet.

    Nous étions hier deux représentants du comité de défense de LibéOrléans à Rennes où j'y ai interpellé Jean-Luc Mélenchon à l'extérieur pour lui parler de la situation des 4 libévilles, dont bien évidemment celle de LibéOrléans.
    J'ai sa carte, ses coordonnées, dois me mettre en relation avec son cabinet dès lundi.

    Puis nous avons participé au débat sur " De la désobéissance civile et de son bon usage " où intervenait William Bourdon. J'y ai pris la parole, pour indiquer entre autres que je venais là pour redemander à Libération ( nous avons rencontré Demorand le vendredi 8 avril et avons été contraint à "forcer" son bureau...) une renégociation éthique de l'attitude de Libé tant envers ses lecteurs qu'envers ses journalistes qui étaient malproprement virés le 30 avril prochain. Nous y avons été applaudis.

    Par contre, dès les questions d'actualité, nous avons en quelque sorte plombé l'atmosphère où la langue de bois a été de rigueur, après une belle tirade très agacée d'Armanet sur le fait qu'ils ( Libé) avaient été interpellés, la veille, le matin même, l'après-midi même, et que la réponse était toujours la même : Libé arrêtait ce qui ne marchait pas !

    Encore faut-il le prouver lorsque l'on a jamais donné des objectifs clairs ou des moyens de développement réel à ces sites et que la SLL a fait vivre à ses propres frais pendant plus d'une année les libévilles...

    Demorand et Joffrin sont arrivés alors que j'intervenais. J'ai interpellé N.Demorand une nouvelle fois, mais il n'a pas daigné un regard de notre côté, a tenté de m'interrrompre en disant un "allo, allo " de fort mauvais aloi...
    Ce à quoi je lui ai fait remarquer qu'il devait nous rendre réponse rapidement, et qu'il ne l'a pas fait, mais que nous venions nous rappeler à son bon souvenir, comme nous allions le faire toutes les fois possibles et imaginables jusqu'à la fin de mois.

    J'ai également interpellé Laurent Joffrin à la fin de cette discussion alors qu'il s'en allait et lui ai fait remarquer que j'avais assisté comme d'autres à l'attitude de Sarkozy à son égard lors d'une conférence de presse donné à l'Elysée, et que je comprenais fort bien ce qu'il avait du éprouver, car l'instant d'auparavant, la direction de Libé et en particulier Demorand, avait eu à notre égard la même attitude que Sarkozy vis à vis de lui !!!

  • Éric Prévert Éric Prévert
    21 avril 2011 | Lien permanent |

    Bonjour,

    Merci de votre réaction. L'indifférence (voire le mépris) de Joffrin, Demorand, Armanet n'est malheureusement pas une surprise.

    Tenez-nous au courant des nouvelles actions…

    Cordialement,

    Eric Prévert

  • 14 septembre 2019 | Lien permanent |

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