« Rien à déclarer » : l’inspiration qui vient ?

Au terme de deux mois de promo intensive, d’une tournée d’avant-premières et d’une sortie anticipée dans le Nord et en Belgique, le nouveau film de Dany Boon déferle dans les salles de France. Qu’y a-t-il à déclarer ? Le Ch’ti est toujours un piètre cinéaste, mais il s’affirme impeccable directeur d’acteurs dans le registre de la comédie.

Benoît Poelvoorde et Dany Boon dans « Rien à déclarer »

Benoît Poelvoorde et Dany Boon

Mercredi 15 décembre 2010, avant-première. Après avoir écumé dans la même journée (!) les cinémas du Mans, Laval, Angers, Mayenne…, Dany Boon et son équipe arrivent en soirée au Gaumont de Rennes. Parfaitement rodés, quasi identiques, les blagues et les numéros promotionnels d’échanges avec le public s’enchaînent dans les deux salles bondées. L’absence des scènes tournées dans le Finistère interroge : « Où sont passées les images ? » « Je ne les ai pas gardées, précise Dany Boon. Elles étaient censées expliquer les origines bretonnes du personnage de Benoît Poelvoorde, mais ça ne fonctionnait pas au montage final. »

Pieds nickelés

Dans Rien à déclarer, Poelvoorde est Ruben Vandevoorde, douanier belge bas du front, hystérique, autoritaire, raciste, particulièrement envers les Français. Suite à la disparition des postes frontières entre la Belgique et la France le 1er janvier 1993, le voici contraint de faire équipe avec Mathias Ducatel, un douanier « camembert » interprété par Dany Boon. Comme dans Bienvenue chez les Ch’tis, Boon reprend l’idée du duo que tout oppose. Il la décline aux personnages secondaires. François Damiens et Karin Viard jouent M. et Mme Janus (et non « Lanus », comme le dit un agent immobilier dans un dialogue digne d’une fin de banquet), des bistrotiers restaurateurs magouilleurs, lui pleutre et simplet, elle ambitieuse et dominatrice. Autres rôles de bras cassés : les dealers campés par Laurent Gamelon (brute épaisse) et Bruno Lochet (souffre-douleur pas futé dans la lignée des Deschiens).

L’outrance déployée par Poelvoorde fait bien sûr songer à Louis de Funès, Boon figurant alors Bourvil (en moins benêt). Sauf que côté réalisation, Dany n’est pas Oury (Le Corniaud, La Grande Vadrouille, Rabbi Jacob…). Il pencherait plutôt du côté de Jean Girault (la série des Gendarmes, La Soupe aux Choux…). La scène d’ouverture filmée en plan séquence sent la reconstitution factice et les plans aériens rapellent le pire des Ch’tis (panoramiques sur le carillon). À l’exception d’une affreuse et sirupeuse scène de retrouvailles entre Mathias Ducatel et sa fiancée, Dany Boon n’abuse heureusement pas de ces travers.

François Damien et Karin Viard dans « Rien à déclarer »

François Damien et Karin Viard, bistrotiers magouilleurs

Palette comique…

Rien à déclarer est une comédie pure dont la mécanique — à défaut d’être toujours bien huilée — recèle quelques pépites burlesques. Ceci grâce à une troupe d’acteurs parfaitement dirigée dont les parcours et univers comiques sont variés : le one-man show pour Dany Boon, le café-théâtre pour Laurent Gamelon, le théâtre de compagnie pour Bruno Lochet… Benoît Poelvoorde et Bouli Lanners versent quant à eux dans le délire absurde voire surréaliste, et Karin Viard n’est pas sans rappeler Jacqueline Maillan.

Mentions spéciales à Philippe Magnan en chef des douaniers français complètement dépassé par les débuts de l’informatique : « C’est quoi ce bordel, on voit plus mon bureau ! Elle est où ma machine à écrire ? Enlevez votre télé et votre climatiseur de mon bureau ! » Et à Jean-Luc Couchard en garagiste fan de custom qui, dans une séquence d’anthologie, transforme la 4L de la brigade volante en bête de course.

… pas politique

Alors que Bienvenue chez les Ch’tis s’enlisait dans des considérations mièvres, voire creuses, sur les différences culturelles, Rien à déclarer a le mérite de plonger au cœur de son sujet : « le racisme ordinaire » (si tant est qu’il y en ait d’extraordinaire ?). « Le film en traite de manière humoristique, ajoute Dany Boon. Je voulais aller à fond la caisse sur le racisme donc je ne parle pas des différences ethniques ou religieuses. » Pourtant, Rien à déclarer s’inspire de l’histoire de ses parents, rejetés par la famille de sa mère car son mari était kabyle. « Je ne voulais pas donner de leçons, mais montrer les mécanismes du racisme. Souvent le raciste n’assume pas, il est très hypocrite. Même s’il accepte l’autre au cas par cas, au fond il reste raciste. » Ce qu’entend souligner la dernière scène du film. Problème, toute la salle rigole ! Il en résulte une certaine amertume et on se demande si Dany Boon n’aurait pas alors dû opter pour l’option radicale sans renoncer pour autant au rire. Le réalisateur Roberto Rodriguez l’a pleinement démontré récemment avec son film Machete. Une pochade gore, hilarante, disproportionnée… mais néanmoins très pertinente sur la réalité de l’immigration entre le Mexique et les États-Unis.

Éric Prévert