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Les pépites d’Art Rock

28e édition du festival interdisciplinaire de Saint-Brieuc. Du 9 au 12 juin, place à la musique (beaucoup), aux arts numériques (en force) et à la danse (un peu), avec quelques pépites qui méritent le détour… et quelques têtes d’affiche consensuelles. Petit tour d’horizon partiel et subjectif.

[1]Les organisateurs d’Art Rock, et son directeur Jean-Michel Boinet en première ligne, insistent souvent sur le fait que ce festival a comme originalité d’être situé en ville. En plein cœur de Saint-Brieuc. Et ils ont raison : pas question ici de ruiner un immense champ en y enfermant pendant trois jours des festivaliers conçus comme un public captif. Art Rock investit vraiment Saint-Brieuc et lui donne une vie qu’elle n’a à aucun autre moment de l’année. Le théâtre La Passerelle se transforme en quartier général du festival. C’est dans sa grande salle que l’on va voir les spectacles les plus classieux, dans son petit théâtre à l’italienne que se produisent des artistes singuliers, dans son Forum que se font les découvertes les plus chaudes. Sur la place qui fait face au théâtre, le village où, depuis quelques années, les restaurateurs du cru proposent Rock’n’Toques, de la restauration inventive et abordable, histoire qu’Art Rock ne rime pas avec frites molles. On peut aussi y entendre les artistes du métro, grâce à un partenariat avec la RATP qui rappelle que Fulgence Bienvenuë, le père du métro parisien, était natif d’Uzel, dans le Pays de Saint-Brieuc. À quelques encablures se trouve le Parc des Promenades, qui accueille des spectacles de rue ou de danse. Pas plus loin mais dans l’autre sens, le Musée et ses installations d’art numérique, et la grande scène Poulain-Corbion, seul lieu qui ressemble à un festival classique : un chapiteau sur un parking, et des têtes d’affiche dessous.

Graffitis, livres et pixels

On a fait le tour ? Pas tout à fait : il reste le 7 bis, la salle de la compagnie théâtrale Fiat Lux, qui s’ouvre également à l’art numérique, quelques façades habillées de dispositifs visuels interactifs, les bars du centre-ville qui accueillent également nombre de concerts gratuits dans un « off » tout ce qu’il y a d’officiel. Et puis, et puis… l’ancien Monoprix transformé en galerie géante ! L’immeuble, vide depuis le déménagement de l’enseigne un peu plus loin, est devenu le lieu des cartes blanches picturales d’Art Rock. L’an passé, il avait été inauguré par le peintre Troy Henriksen, dont les grandes toiles chatoyantes n’étaient qu’à moitié convaincantes. Cette année, on s’attend à ce que le niveau soit plus relevé : l’invitée, et auteur de l’affiche 2011 du festival, n’est autre que Miss.Tic, grande dame du graffiti urbain, aux jeux de mots cinglants et au graphisme tout en noir, blanc et rouge. Au même endroit, deux rencontres littéraires et musicales auront lieu les samedi 11 et dimanche 12 à 16h. Toutes deux seront animées par Bernadette Bourvon. La première, « L’Art de la bio », posera la question de l’écriture des vies d’artistes, avec Régis Canselier (auteur de Jimi Hendrix, le rêve inachevé, éditions Le Mot et le reste), Jean Théfaine (Jours d’orage, Hubert-Félix Thiéfaine, Fayard), Pierre Mikaïloff (Jacno l’amoureux solitaire, Didier Carpentier) et Christian Eudeline (Litte Bob, La Story [2], Denoël). La seconde, intitulée  « Comment ça s’écrit rock en français ? », fera dialoguer Frank Darcel (Rok [3], Éditions de Juillet), Jérôme Soligny (Je suis mort à 25 ans, Naïve), Emmanuel Chirache (Live, Le Mot et le reste) et Philippe Thieyre (Rock français, Hoëbeke).

Des installations d’art numérique, nous ne dirons rien ici, ne connaissant aucune de celles présentées. D’expérience, on sait que ces expositions valent toujours le détour : même les années les moins intéressantes, il y a toujours une ou deux propositions étonnantes ou renversantes, ou tout simplement ludiques et drôles. Y aller plutôt le matin, ou pendant les prestations des plus grosses têtes d’affiche, car c’est vite la cohue, et dans ces cas-là, impossible de manipuler ou de prendre le temps de s’imprégner.

Danse et photographie

Nan and Brian in Bed, NYC, 1983 — photo Nan Goldin

Nan and Brian in Bed, NYC, 1983 — photo Nan Goldin

Revenons à La Passerelle, et à la soirée d’ouverture, jeudi 9 juin. C’est le danseur japonais Hiroaki Umeda qui lancera les festivités : un choix pas très festif, justement, mais hautement recommandable. Adepte des bandes sonores violentes et digitales, faites de bruit numérique pour habiller sa danse toute en explosions et flashs de lumière, c’est un artiste singulier et percutant, qui présente régulièrement ses créations à Art Rock. Vendredi et samedi, ne pas manquer les deux représentantions de The Ballad of Sexual Dependency, série de photographies de Nan Goldin mise en musique par The Tiger Lillies. Ou la rencontre entre la mémoire intime des nuits de l’underground new-yorkais et les rejetons barrés des cabarets berlinois de l’entre-deux-guerres.

Gros son

The Jon Spencer Blues Explosion

The Jon Spencer Blues Explosion

Côté musique, une belle affiche vendredi 10, qui donne enfin envie de passer une soirée à Poulain-Corbion, chose finalement assez rare ces dernières années, tant la recherche de tête d’affiche consensuelles, certainement justifiée d’un point de vue économique, laisse cependant l’amateur sur sa fin. Après s’être échauffés avec Hindi Zahra et Staff Benda Bilili, on assistera en effet au retour de l’immense Jon Spencer Blues Explosion, un groupe qui n’usurpe pas son patronyme, et trois lascars indomptables qui, si le son est bon, emporteront tout sur leur passage. On enchaîne avec The Hives [4], pas piqués des hannetons non plus. La fin de la soirée est plus discutable : Yelle, la locale de l’étape, est incontournable au regard de son succès international, un peu moins à l’aune de ses chansons, pastilles électro-pop très bien réalisées mais trop lisses pour retenir l’attention.

Au Forum, quelques prestations s’annoncent intéressantes : The Joy Formidable vendredi 10, Bumpkin Island et The Inspector Cluzo samedi, The Legendary Tigerman dimanche. À noter deux changements de programme : Agnes Obel est remplacée par Zaza Fournier, et Radio Radio par les Belges déjantés de Hoquets.

Art Rock, du jeudi 9 au dimanche 12 juin à Saint-Brieuc.
Programme complet, sons et vidéos sur le site du festival : www.artrock.org [5]
À retrouver dans la série : Art Rock 2011