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Le Disquaire : « Un vinyle sonnera toujours mieux qu’un mp3 ! »

Un nouveau disquaire indépendant a vu le jour en décembre 2006 à Saint-Brieuc. Pour résister à l’essoufflement du marché du disque, Le Disquaire parie sur l’éclectisme, le conseil et les show-cases d’artistes en devenir.

Réduit en cendres par un incendie accidentel, le disquaire indépendant LP Records a brutalement disparu du paysage urbain briochin en février 2006. Après un court délai de réflexion, ses gérants décident alors de se consacrer à l’espace culturel Imagine, qu’ils ont ouvert en périphérie quelques mois auparavant. Mis au chômage technique par les événements, trois de ses employés choisissent au contraire de tenter l’aventure et d’investir un nouveau lieu. À l’heure où l’industrie du disque connaît d’inextricables difficultés, le pari semble osé. Le 9 décembre 2006, Le Disquaire ouvre pourtant ses portes dans le centre ville de Saint-Brieuc.

« Soigner l’accueil, apporter le juste conseil, valoriser la diversité par un référencement audacieux » sont les valeurs défendues par Lionel, Alban et Gilles, les trois hommes aux manettes de ce nouveau commerce. Avec 10 000 références (25% de vinyles, 5% de DVD et 70% de CD), réparties sur 120 m2, Le Disquaire a fait le choix de l’éclectisme. Une attitude qui se pose en résistance à la réalité du marché. En effet, selon l’étude État des lieux de l’offre de support musical [1], menée en décembre 2006 par l’Observatoire de la Musique, « 5,7% des références vendues en France totalisent 90% du marché du disque en valeur » ! Si Le Disquaire ne fait naturellement pas l’impasse sur les « sorties incontournables » telles que Manu Chao, Mika ou Vanessa Paradis, bénéficiant ainsi de leur impact médiatique et de leur popularité, sa spécificité réside dans le soutien qu’il apporte aux artistes émergents ou locaux, et dans le défrichage de niches musicales plus pointues, tous styles confondus.

Internet représente à ce titre un véritable trésor. Le Disquaire y a créé son propre site, ainsi qu’une page sur la plate-forme communautaire Myspace. Les artistes évoluant en dehors du circuit de distribution classique peuvent ainsi se faire connaître et proposer leurs œuvres en dépôt. Internet permet aussi au Disquaire de multiplier les découvertes, et les choix audacieux. L’album de Kate Nash, artiste londonienne dont la cote ne cesse actuellement de grimper [en concert aux Trans Musicales le 7 décembre, ndlr], fut ainsi proposé dans ses bacs deux mois avant qu’Universal n’en assure la distribution officielle. Une autre particularité du lieu réside dans l’organisation de show-case réguliers, « sur une scène de fortune aménagée au fond du magasin ». Ces événements, outre le trafic qu’ils suscitent dans ses rayons, permettent au Disquaire de sensibiliser sa clientèle au répertoire d’artistes peu connus qu’il défend. Cette vision angélique du métier est toutefois à nuancer. Car si cette partie du travail « est la plus intéressante », la période des fêtes et ses locomotives vendues à la pelle représente tout de même 30% de son chiffre d’affaires…

La passion affichée par les trois compères leur permettra-t-elle de résister à l’effondrement annoncé d’un secteur en profonde mutation ? La fermeture récente de La Sonothèque à Brest puis à Morlaix ne semble pas les inquiéter. « Nous commencerons à nous poser des questions le jour où un magasin comme Rennes Musiques sera menacé. » La réponse formulée est lourde de sous-entendus. À l’image de l’historique enseigne rennaise, gageons que Le Disquaire saura lui-aussi conserver son authenticité, et transmettre encore longtemps son goût de l’objet.

Le Disquaire, 22, rue du Général Leclerc, 22 000 Saint-Brieuc (02 96 68 67 26)
Sites internet : Le Disquaire [2], www.myspace.com/disquaire [3]